
l’AIKIDO COMBAT le COMBAT en AIKIDO
11 novembre 2008Horreur ! présenter les mots Compétition et Aïkido côte à côte donne des frissons à tout aïkidoka. Et pour cause ! l’aïkido n’est surtout pas un sport, et certainement beaucoup plus qu’un art martial : c’est un Budo. Et la compétition va à l’encontre de l’esprit du budo.
Pourtant, il existe une branche de l’aïkido, un rameau plutôt puisqu’il ne compte que 10 000 licenciés au monde, qui organise des compétitions d’Aïkido. Loin d’en faire la publicité, il est intéressant de s’attarder sur cette pratique paradoxale, ne serait-ce que pour comprendre ce qui a bien pu amener des pratiquants des origines à organiser des compétitions.
Kenji Tomiki était un élève de Jigoro Kano, le fondateur du judo. Il fut envoyé par son maître auprès de Morihei Ueshiba en 1927, et resta son disciple de longues années. Il suivi O’Sensei à Tokyo en 1934. Tomiki fut le 1er à obtenir du fondateur de l’Aïkido le 8ème Dan, et ceci en 1940. Maître Tomiki dirigea la faculté des sports de l’université de Waseda au Japon dans les années 50 et y ouvrit un club d’Aïkido. Obligation lui fut donnée d’organiser des combats, comme cela se faisait alors pour le judo et le kendo. Soutenu par Jigoro Kano, et malgré les critiques d’anciens élèves de Morihei Ueshiba, Tomiki persévéra dans la mise au point de l’aïkirandori-ho et en 1970 un premier tournoi d’Aïkido fut organisé.
Maître Tomiki refusa toujours de rebaptiser son école différement, prétextant que seul Morihei Ueshiba était habilité à lui demander de ne pas utiliser le terme d’aïkido pour de la compétition. Selon lui, la compétition était bel et bien compatible avec la philosophie de l’aïkido. Le terme japonais pour compétition, randori shiai, ne signifie pas confrontation mais plutôt “entrainement libre pour progresser ensemble”. Le but avoué du maître était d’adapter les techniques de frappe (atemi waza) et techniques sur les articulations (kansetsu waza) de la même manière que Maître Kano avait déjà adapté les techniques de projection (nage waza) et d’immobilisation (gatame waza) dans un système de compétition.
Aujourd’hui, la JAA (Japan Aikido Association) regroupe les clubs compétiteurs, le Shodokan en est un des principaux membres. Elle est principalement implantée aux Etats-Unis, en Australie et au Royaume-Uni.
Tetsuro Nariyama shihan est l’actuel grand maître du shodokan.
Satoru Tsuchiya représente le shodokan en Europe, il a participé à la nuit des arts martiaux à Paris le 11 octobre 2007 ; vous pouvez donc aisément visionner des vidéos ou photos sur internet. Même si l’on n’approuve pas le choix de la compétition, ll faut reconnaître que sa forme d’aïkido est “esthétique”
Le principal club en France dépendant du Shodokan est situé à Epinay (93). D’autres clubs pratiquent ou reçoivent en stage des représentants du shodokan (un stage a ainsi eu lieu cet été à Arcachon). attention à ne pas pas confondre Shodokan aïkido, le Shodokan karaté et le Kendo du Shodokan.
Quelles sont les spécificités de la compétition en aïkido ?
Tout d’abord, le hakama n’est pas porté, car il ne permet pas aux juges de bien suivre les déplacements des compétiteurs. On compte 8 kyus avant de prétendre à la ceinture noire. Les katas sont nombreux, ils ont été créés par maître Tomiki pour faciliter l’assimilation des techniques d’Aïkido. Le tanto est beaucoup utilisé, il est en caoutchouc.
Il existe trois disciplines de compétition :
- Embu kata. Ce concours consiste en la présentation d’une suite prédéfinie de mouvements par deux personnes, qui est notée par 3 ou 5 arbitres.dans la compétition Embu, deux participants forment une équipe exécutent un Kata (une suite de techniques) et le score pour leur performance est jugé par rapport à celui des autres paires. Il existe deux types de compétitions Embu : Embu avec programme imposé et Embu libre. Dans l’Embu imposé, les techniques sont prédéfinies à l’avance (par l’organisateur). Il y a en fait encore deux types d’Embu libre : un dans lequel l’arme, le nombre d’Uke ou le genre de techniques est spécifié, l’autre permettant une liberté totale de choisir les techniques préférées. La prestation est jugée par l’appréciation de Tori (la personne exécutant les techniques), de Uke (personne sur qui les techniques sont appliquées), de l’harmonie dans les techniques entre des deux, de l’efficacité dans l’exécution des techniques individuelles, et finalement de l’impression générale de leur présentation.
- Tento randori. Dans la compétition Randori, deux adversaires combattent en utilisant n’importe quelle technique tout en obéissant à un jeu de règles. La compétition Randori a été initiée par Kenji Tomiki Sensei en 1960 a été appelée “Aiki Randori Ho” (“Ho” signifie méthode). L’Aiki Randori est un combat à mains nues semblable au Judo mais, contrairement au Judo, les techniques sur les jambes et la saisie de l’habit sont interdites. Dans l’Aiki Randori, on utilise l’Atemi Waza et le Kansetsu Waza (techniques de frappe et de bloquage) et il est permis de saisir les bras de l’adversaire. Le Randori Ho formait la base des deux formes actuelles de compétition d’Aikido Randori, qui sont le Toshu Randori (mains nues) et le Tanto Randori (mains nues contre Tanto). Le Tanto est un poignard; on utilise une réplique flexible pour éviter les blessures. Actuellement, on pratique principalement le Tanto Randori, bien qu’il soit également important de pratiquer le Toshu Randori, afin d’exercer les contre-prises et le “Sen no Ri” (le fait de prendre l’initiative au moyen d’un timing correct). Un compétiteur (tento) est armé d’un couteau en mousse, l’autre (toshu) n’est pas armé. Tento essaye de toucher toshu avec son couteau, alors que toshu de son côté essaye d’éviter les attaques et d’appliquer une technique pour faire chuter tento. Les arbitres comptabilisent les touches de tento et les techniques réussies de toshu. Le combat se déroule en deux mi-temps de 90 secondes chacune ; à la fin de la première mi-temps les rôles sont intervertis. Est déclaré vainqueur la personne qui a obtenu le plus grand nombre de points à la fin du combat. Il existe également des compétitions par équipes selon ce modèle.
- kongo dentai sen. Il s’agit d’un concours par équipes introduit en 1999 qui réunit plusieurs aspects de l’entraînement. Dans un premier temps, deux équipes de deux présentent simultanément les 17 techniques de base du shodokan. Deux autres équipes présentent 16 techniques prédéfinies d’autodéfense. Ensuite ont lieu trois disciplines de combat différentes: tento taisabaki (évitement d’attaques au couteau), toshu randori (combat à mains nues) et tento randori. L’équipe ayant obtenu le plus grand nombre de points est déclarée vainqueur et avance d’un tour.
Qu’est ce que cette pratique peut bien apporter ou ôter à l’Aïkido ?
Quand on accepte d’aller au-delà du simple rejet de cette approche par la compétition, on réalise rapidement que jusqu’à présent les techniques n’ont pas été dénaturées par le souci d’efficacité en compétition. Si la compétition se développait, il serait à craindre que l’entrée en jeu de l’intérêt économique (sponsor, publicité…) bouleverse les règles et incite les compétiteurs à privilégier les techniques directement efficaces ou plus aisément passables au détriment de la richesse des enchaînements, comme on l’a constaté pour le judo ; les modes de compétitions ont été régulièrement modifiées au cours des années, qu’est-ce qui garanti qu’on ne privilégiera pas un jour le spectaculaire et la violence à ces échanges ?
Ce qui me touche personnellement, c’est le fait pour toute compétition de cautionner la victoire sur un autre, et par conséquent s’éloigner de cette finalité proposée par O’Sensei de rassembler au lieu de diviser. Au-delà des techniques, c’est bien à la notion du duel transformé en communication pacifique que s’oppose la compétition. L’argument de l’efficacité renforcée par l’entrainement à la compétition ne tient pas, car les règles et le tanto en caoutchouc faussent la réalité du combat, l’efficacité martiale est de plus déjà traitée par l’aïkibudo. Dans tous les cas, cette approche ne nuit aujourd’hui en aucun cas à l’image de l’aïkido, tant elle reste minime en France ; peut-être faut-il voir là avec satisfaction que la majorité des personnes qui s’engagent en aïkido visent à bien autres chose que gagner des lauriers.
Au final, laissons Maître Satoru Tsuchiya répondre à une question posée par Jipango (journal français sur le Japon) :
“l ’aikido est connu pour exclure la compétition, d ’où la particularité de votre école…”
“-C’est exact, pour moi la pratique de l ’aikido doit se nourrir d ’éléments complémentaires : les kata pour que la technique devienne naturelle, le zen pour maîtriser le mental, et la compétition pour développer les possibilités de cet art martial.Mais si la compétition permet de se perfectionner, elle ne sera jamais la finalité de l ’aikido : l ’harmonie entre l ’homme et son environnement.”


